On présente souvent la gouvernance comme la clé de la maîtrise des données.
Mais si c’était plutôt le frein à leur usage ?
À force de vouloir contrôler, on a oublié d’activer.
À force de vouloir sécuriser, on a oublié de servir.
La donnée n’a jamais eu besoin d’être “gouvernée”.
Elle a besoin d’être prête à l’usage.
La gouvernance des données, ou l’art de cocher des cases
Soyons honnêtes : dans beaucoup d’entreprises, la gouvernance des données ne fait rêver personne.
Derrière ce mot ronflant, on trouve souvent un inventaire Excel, quelques rôles formels (Data Owner, Steward) et des réunions de validation où plus rien ne bouge.
Pourquoi ? Parce qu’on a transformé un sujet vital — la donnée — en un dossier de conformité.
La gouvernance, censée aider à agir mieux et plus vite, est devenue un moyen de ne pas avoir d’ennuis.
Un héritage réglementaire qui a tout verrouillé
Si la gouvernance est devenue synonyme de paperasserie, ce n’est pas un hasard.
Son ADN est réglementaire. Elle s’est construite sur la peur du gendarme.
Quelques rappels :
- Bâle II et III ont forcé les banques à mieux structurer leurs données de risque.
- BCBS 239 a posé le cadre : les données doivent être complètes, précises, traçables et accessibles rapidement.
- La loi Sapin II a imposé des obligations de transparence et de contrôle interne.
- Le RGPD a généralisé la traçabilité à toutes les données personnelles.
- La CSRD a ajouté une couche de reporting extra-financier, toujours plus exigeante.
Tout cela a un point commun : on parle de conformité, pas d’usage.
La donnée est gérée pour se protéger, pas pour créer de la valeur.
Le grand malentendu : gouverner, ce n’est pas contrôler
Depuis dix ans, la plupart des entreprises confondent gouvernance et maîtrise.
Elles documentent, elles normalisent, elles valident… mais elles ne rendent pas la donnée exploitable.
Résultat :
- Les métiers attendent toujours des données fiables et compréhensibles.
- Les équipes data croulent sous la documentation.
- Et la direction se demande encore à quoi tout cela sert.
Le comble ?
On parle de “gouvernance de la donnée” alors qu’on devrait parler de gouvernance de l’usage de la donnée.
Une donnée bien gouvernée, c’est une donnée prête à l’usage
La vraie question n’est pas : est-ce que ma donnée est conforme ?
Mais : est-ce que quelqu’un peut s’en servir ?
Une donnée bien gouvernée, ce n’est pas une donnée bien rangée dans un catalogue.
C’est une donnée prête à l’usage :
- disponible quand on en a besoin,
- compréhensible sans dictionnaire à côté,
- contextualisée,
- et exploitable sans retraitement.
Autrement dit : la donnée n’a de valeur que si elle sert.
Et c’est là que la plupart des démarches échouent : elles gèrent la donnée comme un actif passif.
Gouvernance défensive vs gouvernance utile
| Gouvernance de conformité | Gouvernance opérationnelle |
|---|---|
| Objectif : éviter le risque | Objectif : créer de la valeur |
| Approche : documentation, contrôle, validation | Approche : activation, usage, amélioration |
| Portée : toutes les données | Portée : les données critiques |
| Sponsor : juridique, audit | Sponsor : métiers, direction |
| Indicateurs : conformité, auditabilité |
On présente souvent la gouvernance comme la clé de la maîtrise des données.
Mais si c’était plutôt le frein à leur usage ?
À force de vouloir contrôler, on a oublié d’activer.
À force de vouloir sécuriser, on a oublié de servir.
La donnée n’a jamais eu besoin d’être “gouvernée”.
Elle a besoin d’être prête à l’usage.
Repartir du terrain, pas du glossaire
La seule manière de redonner du sens à la gouvernance, c’est de revenir au concret.
Plutôt que d’inventorier tout le patrimoine data, concentrons-nous sur les données critiques — celles qui conditionnent directement les résultats métier.
- Identifier un cas d’usage prioritaire.
- Cartographier les données réellement utilisées.
- Évaluer leur niveau de préparation à l’usage.
- Corriger ce qui empêche leur exploitation.
- Industrialiser ce qui marche.
C’est simple, pragmatique, et surtout utile.
Et, accessoirement, ça coche toutes les cases de conformité sans en faire le centre du jeu.
Du contrôle à la confiance
Le véritable objectif de la gouvernance n’est pas le contrôle : c’est la confiance.
Confiance dans la donnée, dans la décision, dans le pilotage.
Une entreprise qui maîtrise ses données, ce n’est pas celle qui a tout documenté.
C’est celle qui sait agir vite et juste parce qu’elle a des données prêtes à l’usage, disponibles et comprises.
C’est la différence entre une gouvernance qui rassure… et une gouvernance qui transforme.
En conclusion : la gouvernance doit sortir du bunker
Tant qu’elle restera cantonnée à la conformité, la gouvernance des données sera vécue comme un mal nécessaire.
Mais dès qu’elle s’oriente vers l’usage, elle devient un moteur.
La gouvernance n’est pas un rempart, c’est un accélérateur.
Son rôle n’est pas de protéger les données, mais de les rendre utiles.
En clair :arrêtons de cocher des cases, et remettons les données dans les mains de ceux qui agissent.
C’est ça, une gouvernance moderne.
C’est ça, des données prêtes à l’usage.

